Petite explication à 4 mains : La semaine dernière, j'écrivais un édito pour le bulletin de liaison d’un monde d’avance (BLUMA n°18) ; dans le même temps, Romain Desforges préparait une analyse des résultats pour publier sur son blog… les petits ruisseaux faisant les rivières, nous avons décidé de retravailler ensemble cet article et de le soumettre à vos critiques vives… et constructives.
De l’élection européenne, dans quelques jours, il restera aux socialistes français un léger parfum de nausée à la vue de certains leurs «homologues» européens re-signer pour 5 ans de compromis avec la droite européenne, au nom de l’attachement indéfectible de la social-démocratie à la construction communautaire. Comme si ceux qui refusent de pratiquer la «danse du ventre» autour de Barosso n’étaient ni pro-européens, ni socialistes, ni démocrates.
Heureusement, cette fois la délégation du PS au parlement européen a refusé de participer à ce petit jeu, mais ils seront déjà loin, à Bruxelles et le congrès de Versailles, le remaniement ministériel auront balayé de bien des consciences les engagements de tribune. Le temps d’analyser pour proposer juste, risque d’être bien court.
Les partis de mouvance social-démocrate ont subi une défaite historique
Et c’est maintenant, à l’heure de se reconstruire que le Parti socialiste doit prendre le temps de se pencher sur les messages de l’élection européenne.
La droitisation à grands pas du Parlement européen :
Progression importante du groupe conservateur qui obtient 296 sièges.
Apparition d’un nouveau groupe politique « Conservateurs et réformistes européens» à la droite du PPE, nationaliste et eurosceptique doté de 55 députés, qui devient la 4e entité politique du Parlement.
Percée de l’extrême-droite quasiment partout en Europe (Pays-Bas, Belgique, Autriche, Bulgarie, Hongrie, Roumanie), en passe de renforcer un groupe indépendant au delà des 30 députés.
Et l’échec de la social-démocratie dans son ensemble : avec 162 députés notre groupe au Parlement européen, rebaptisé « Alliance des socialistes et démocrates » a perdu 55 députés. Les socialistes et les sociaux-démocrates sont en recul partout tandis que dans le camp de la gauche, Les Verts se renforcent et la gauche radicale se stabilise.
A l’exception de la Suède et de la Grèce, les partis se réclamant peu ou prou du socialisme démocratique ont perdu des voix et des sièges.
Parfois, comme en Autriche, ils obtiennent leurs plus mauvais résultats dans une élection générale depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale. En Grande-Bretagne, un parti antieuropéen, UKIP, est même passé devant les travaillistes, formant la troisième force politique du pays avec les conservateurs.
Bien sûr les chiffres bruts qui peuvent varier d’un pays à l’autre et de multiples cas particuliers nationaux invoqués en contre-exemples ponctuels (les scandales qui secouent la grande Bretagne, la violence de la crise en Espagne, les divisions du PS en France, la Ligue du Nord en Italie…) pour masquer une tendance générale pourtant indiscutable. La social-démocratie européenne est défaite.
Il y a moins de 10 ans elle dirigeait la majorité des pays européens. Aujourd’hui, la droite gouverne 21 pays sur 27 et sort numériquement renforcée sur les bancs du parlement européen.
Dans un contexte de crise accrue et de montée du chômage il n’y a eu aucun «rebond». Clairement, aucun des partis du PSE n’a su ou pu incarner une offre politique alternative en pleine période de doutes sur le système capitaliste.
- Le plus surprenant est notre surprise.
Comme il a été décrit simplement, par Mario Telo, la gauche a échoué avec son discours imputant la crise à la droite car elle a “partagé l’idéologie blairiste” pendant 15 ans et “peut être identifiée comme responsable” du marasme actuel ; et d’en conclure logiquement qu’”en l’absence d’alternatives crédibles, les majorités s’accrochent aux gouvernements en place”… ou ne se pas mobilisent pour aller voter.
La faiblesse historique de la participation au niveau européen, 56,9 % des inscrits européens se sont déplacés aux urnes, est aggravée en France où seulement 40,65 % des français ont participé à l’élection.
Dans une jeunesse qui pourtant a montré sa capacité de mobilisation ces dernières années et est considérée comme naturellement « portée à gauche», le taux d’abstention est encore plus accablant : 81 % des 18-25 français se sont abstenus. La génération 18-25 qui fut une des premières à bénéficier des programmes d’échanges étudiants européens, attend bien davantage qu’une Union Européenne financiarisée.
Et il n’est pas besoin d’être grand clerc pour placer dans la même perspective d’analyse la percée de partis comme le «Parti pirate suédois», qui pour sa première participation réalise un résultat significatif, lui permettant d’accéder à la représentation au parlement européen en ayant mobilisé l’opinion publique sur le téléchargement gratuit ; ou pour considérer que la relative victoire des Verts est aussi à mettre au crédit des trois personnalités qui ont animé la campagne et qui incarnent un combat : Daniel Cohn-Bendit, l’icône de Mai 68, Eva Joly, la passionaria de la lutte contre les paradis fiscaux et José Bové, le combattant de la première heure contre les OGM. Par leur engagement elles ont rendu crédible la sincérité de leur volonté de mettre en œuvre un nouveau modèle de développement, de ne pas céder face aux impératifs et aux contraintes macro-économiques, macro-politiques… bref de ne pas se «social-libéraliser».
La punition n’en est que plus injuste pour la gauche française qui n’a pas été la première à se transformer en gardienne de l’orthodoxie du pacte de stabilité. Mais les faits sont là et faute d’avoir à temps mesuré le danger et peut-être trop compté sur «la rente du remords de 2002», le parti socialiste est à la croisée des chemins.
Il n’est pas le seul. Loin s’en faut. Depuis juin 2006, les partis sociaux-démocrates ont enregistré des défaites dans 15 des 17 élections nationales qui ont eu lieu en Europe.
- Dans leur vie interne, la situation des «grands» partis de gauche n’est guère meilleure.
Au PS, les adhérents à 20 euros de l’élection présidentielle ont fait long feu. Le SPD allemand qui annonçait un million d’adhérents en 1976, en affiche officiellement 600 000 aujourd’hui et perdrait 3 000 adhérents par mois. Selon un sondage de l’institut allemand Allensbach, 40 % des adhérents du SPD jugent que leur parti, en participant à la grande coalition de la conservatrice Angela Merkel, « a perdu ses origines de gauche ».
Au titre des apports structurants de la «troisième voie», est-il besoin de rappeler, par exemple, l’agenda 2010 de Gerhardt Schröder, particulièrement brutal pour le monde du travail, qui s’est traduit au plan européen par l’adhésion à une stratégie économique et sociale profondément libéral ? La déréglementation des marchés du travail au nom de la « flexisécurité », les politiques de défiscalisation, les refontes des systèmes de retraite, les privatisations ?
Quant au New Labour britannique, qui devait transformer les forces militantes en base «à la fois massive et passive», selon un proche de Tony Blair, il est en crise lui aussi. Des 400 000 adhérents qu’il comptait en 1994 lorsque Tony Blair en prit la direction, il en restait 177 000 en juin 2007.
- Le temps maintenant est à la reconstruction de la gauche, lucidement.
En France, le 21 avril
L’avenir de la gauche ne peut passer par des supplétifs. Elle commence par une analyse lucide : nous sommes incapables depuis 2002 d’incarner, de définir et même de nommer la société que nous souhaitons.
Et pourtant, la même envie de renaissance des valeurs qui ont fondé nos premiers engagements nous anime. Nous considérons que «le socialisme n’est pas mort», que l’aspiration au bonheur est plus forte que la résignation de nos concitoyens.
Cette envie de vivre mieux, dans une société plus juste nous en étions les porteurs, jusqu’à ce que la tentation de ne plus parler que de nous, éloigne de nos préoccupation apparentes et médiatisées, les citoyens et d’abord les classes populaires, salariées que nous devions défendre. Dès 2002 seuls 13 % des ouvriers ont voté PS. Paradoxalement, si nos élus et candidats locaux résistent mieux c’est justement grâce à la faible médiatisation des élections et des «conflits» locaux.
Ces mouvements de fonds, ne sauront être dépassés par un unique totem guérisseur. Ni le mot «primaires», ni l’affirmation du «grand parti socialiste» ne peuvent remplir le vide laissé par la stérilité de la social-démocratie, incapable de proposer une stratégie pour répondre au quatre crises majeures auxquelles le monde est confronté – crise financière, énergétique, alimentaire et environnementale. Il n’y aura pas de raccourci.
Sur le fond, les chantiers sont ouverts. Après la chute du mur de Berlin et la fin de l’horizon communiste, alors que la «finitude» de la planète est maintenant une perspective angoissante mais potentiellement réalisable, la famille de la gauche politique, associative, de la gauche d’engagements, partage un socle de valeurs communes qui lui doit lui permettre d’élaborer un nouveau modèle de développement à proposer à la société. Elle divergera sans doute sur les rythmes, les voies, les moyens, et même sur certains compromis, mais elle a en commun d’avoir toujours considéré que tout n’est pas marchandise, que l’individu, comme la planète, ne peuvent être soumis à la loi du marché comme source de régulation.
C’est de la maison commune de la gauche que doit émerger cette matrice politique, c’est notre cap. Il amènera peut être, comme conséquence, certaines organisations politiques à se dépasser, à muter, mais ce n’est ni le sujet, ni le but. Il en va de même de la Rénovation. C’est à cette aune qu’elle doit être portée. Comme un outil, pas une fin. Il est clair que l’enjeu dépasse largement la question des primaires et si nous voulons nous donner une réelle crédibilité les autres sujets de Rénovation sont vastes : cumul des mandats, diversité sociale, féminisation, exemplarité…
Sur la forme, rien ne sera possible si nous continuons à nous enfermer dans le carcan des «vielles maisons». Plutôt que de moderniser des formes de militantisme issues d’un autre âge et que nous avons trainées, usées, depuis 30 ans, passons directement à l’étape 21ème siècle, et acceptons quelques prises de risques dans la forme de notre dialogue avec nos concitoyens : liberté d’organisation géographique, nouveaux médias, audiovisuel, débat direct et public avec les associations, les syndicats, les organisations patronales…
Le Parti socialiste a une place particulière dans la gauche en France… malgré tout. C’est aussi pour cela et parce que nous pensons que c’est largement de sa responsabilité de permettre une nouvelle ère de progrès et de justice que nous avons fait le choix de nous y engager durablement. Il lui revient donc aussi de donner le tempo, d’impulser la dynamique et de donner des signes de sa capacité, de sa volonté de muter. Au moment de «construire la maison commune», il nous revient de signer le permis de démolir l’ancien.
Marianne Louis, 37 ans, ancienne responsable de l’UNEF-ID et d’une ONG de développement laïque : “Citoyens Solidaires”. Je suis Conseillère régionale et adjointe au Maire d’Évry chargée de l’Urbanisme. Je suis membre du Secrétariat National du PS où j’ai en charge la Politique de la Ville.
Romain Desforges, 23 ans, étudiant en droit. Militant anti-CPE, puis animateur fédéral du MJS Essonne. j’ai été candidat aux élections cantonales de 2008. Conseiller municipal à Saintry-sur-Seine, je suis vice-président du SAN de Sénart en Essonne chargé du développement durable et de l’économie solidaire. Membre du bureau fédéral
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